Album promotion/Approche géographique/Culture musicale/E-Story/Genres/News / Brèves/Promotion/VIP / Artiste incontournable

E-story : Bob Dylan


Prelude

 « Venez mères et pères à travers le pays,

Et ne critiquez pas ce que vous ne pouvez pas comprendre,

Vos fils et filles sont au-delà de votre autorité,

Votre vieille route prend rapidement de l’âge,

Alors quittez la nouvelle si vous ne pouvez pas nous aider,

Car les temps changent ! »

« The times they are a-changin’ »

 En décembre 1962, un 45 tours atteint la première place des hit parades américains: Blowin’ in the wind du trio folk Peter, Paul & Mary. Le folk, cantonné jusque là aux universités et au quartier arty de Greenwich Village, devient la nouvelle musique à la mode et les vocations fleurissent de la côte est à la côte ouest des Etats-Unis. Les folkeux font désormais parler d’eux, influencés par les pionniers, surtout le grand Woody Guthrie, mais un nom va rapidement s’imposer au sein de cette nouvelle vague  … l’auteur de la chanson : Bob Dylan.

  Chapitre Un: Ascension

 « Ne suivez pas vos leaders, surveillez vos parcmètres. »

«Subterranean Homesick Blues»

Robert Allen Zimmerman est né à Duluth, Minnesota en 1941.

Il grandit à Hibbing, une petite ville minière sans histoires, où il découvre ses premières amours:  le blues, la country music et le rock’n’roll. Adolescent, il achète une guitare et une moto, histoire de faire du bruit dans le quartier et faire fortune comme guitariste de rock. Il découvre le folk à l’université de Minneapolis en 1959 et se rend compte que chanter ce style de musique sera sa meilleure arme pour séduire ses copines étudiantes.

Janvier 1961: Dylan débarque à New York avec une ambition affichée : faire parler de lui et rencontrer sa nouvelle idole : Woody Guthrie, hospitalisé à Brooklyn et en piteux état. Guthrie est atteint de la maladie de Huntington et en meurt en 1967. Dylan s’invite dans le cercle des amis de Woody Guthrie et se fait accepter sans trop de problèmes. Il donne ses premiers concerts dans les clubs de Greenwich Village, aidé par ses nouveaux amis et fait très vite parler de lui, adaptant à sa sauce des classiques du folk américain. En septembre, il est découvert par John Hammond et signe chez CBS.

Son premier album, Bob Dylan, est publié en mars 1962, un album composé presque exclusivement de reprises de folk, comme «The house of the rising sun» ou « Baby let me follow you down », plus quelques originaux. Ce premier disque est un flop intégral, mais Dylan évolue vite, et commence à écrire des protests songs, développant un style qui lui est propre et son public se met à croître. Lui même n’est pas vraiment convaincu de sa carrière de folk-singer et enregistre un single rock électrique en décembre : Mixed-up confusion qui passera totalement inaperçu. Le succès de « Blowin’ in the wind» va le forcer à s’engager dans la voix du rebelle folk contestataire.

 Dès lors, Bob Dylan portera toute sa vie l’image d’un chanteur engagé, alors qu’en réalité, la seule cause qu’il défendra réellement, sera la sienne. Début 63, le nouvel album, produit par John Hammond, est prêt à sortir, mais les patrons de CBS prennent peur. Certains titres sont trop politisés, comme «Talkin’ John Birch paranoid blues» ou l’anti-nucléaire «Let me die in my footsteps» par exemple. On lui demande d’écrire de nouveaux titres et on lui adjoint un nouveau producteur, Tom Wilson. Dylan publie son premier chef d’oeuvre en mai 1963 : The Freewheelin’ Bob Dylan qui va influencer toute une génération. »Blowin’ in the wind », « Masters of war », » Girl from the north country », « Don’t think twice it’s alright » ou « A hard rain’s a gonna fall » en sont les titres forts, même si, comme pour tous ces albums des années 60, beaucoup de ses meilleures chansons ne furent pas publiées officiellement (« Who killed Davey Moore », « Percy’s song », « Let me die in my footsteps » etc.). Dylan devient le porte parole et la conscience de la nouvelle génération, et l’establishment prend peur de ce trublion qui pose les bonnes questions au mauvais moment.

Automne 63, Dylan prépare sa nouvelle galette tout aussi explosive, mais en novembre 63, deux faits divers que tout oppose vont avoir un effet énorme sur le jeune chanteur : JF Kennedy est assassiné en plein jour et les Beatles sont pour la première fois numéro 1 des ventes aux Etats-Unis avec «I want to hold your hand». Le premier fait divers va choquer le jeune chanteur au plus profond de lui, se sentant soudainement menacé lui aussi par les forces invisibles qui semblent désormais tirer les ficelles du pays … et sa consommation effrénée de cannabis ne va pas aider à calmer sa parano. Le second fait divers réjouit Dylan, qui tombe amoureux de la musique des Beatles, du rythme rock soutenu, des harmonies vocales révolutionnaires, et d’un texte pourtant innocent dans lequel il en est persuadé, se cache un appel à la fumette. Lorsqu’il les rencontre en automne 64, il sera surpris de découvrir qu’ils n’ont pas encore goûté à l’herbe qui fait rire et c’est Dylan qui dans ce domaine sera leur initiateur.

En janvier 1964, Dylan publie donc son troisième album : The Times They Are A-Changin’ enregistré en septembre/octobre 1963, avant les deux événements cités plus haut et continuant sur la lancée de Freewheelin’. Un album phare également avec la chanson titre, véritable hymne à la jeunesse des années 60 et au changement annoncé, plus des appels vibrants à la paix (« With God on our side ») ou à l’égalité entre les races (« The lonesome death of Hattie Carroll« ). En 1964, les groupes pop britanniques envahissent les ondes américaines et Dylan s’en réjouit : déjà le folk lui paraît dépassé, il veut jouer du rock et chanter des chansons plus personnelles. En août 64, il surprend son monde avec un album plus poétique, plus personnel, moins revendicateur : Another Side Of Bob Dylan où l’on découvre également un Dylan plus pop (« My back pages » ou « It ain’t me babe » réminiscent des Beatles). En 1965, de nouveaux groupes américains électrifient Dylan: les Byrds d’abord, le groupe californien de Roger McGuinn et David Crosby qui triomphent avec «Mr. tambourine man», puis ce sont les Turtles avec «It ain’t me babe». Dylan félicitera les anglais de Manfred Mann, pour leur superbe version de «With God on our side» qui, dira-t-il, «a des couilles» (sic).

En mars 1965, Dylan franchit le Rubicon avec Bringing It All Back Home, qui va choquer ses premiers fans. Une première face électrique, puissante, acide : « Subterranean homesick blues », « Maggie’s farm » … et une face acoustique plus traditionnelle. Sa première tournée électrique, accompagnées par les Hawks (futurs The Band) est plutôt chaotique, le public folk hurle au scandale : «Traitre ! Judas !» mais Dylan a choisi sa voie et le grand public rock le suit. En juillet 65, le single de 7 minutes Like a rolling stone atteint la deuxième place des hit parades, c’est un triomphe, triomphe qui se poursuit avec l’album Highway 61 Revisited, 100% électrique et 100% chef d’oeuvre (« Tombstone blues », « Ballad of a thin man », etc.). Les folkeux peuvent pleurer le départ du Dylan acoustique, un nouveau Dieu est né, rejoignant les Beatles au sommet du monde musical.

Après deux nouveaux singles à succès inédits en album (Positively 4th street et Can you please crawl out your window), Dylan atteint le sommet de sa carrière avec le double album Blonde On Blonde en mai 1966 et une suite de titres imparables sans aucun temps mort. Double album de génie, incontournable, mythique, légendaire, Dylan est un Dieu vivant, intouchable. Mais un accident de moto en juillet 66 va stopper net sa carrière et l’immobiliser durant plusieurs mois. Dieu redescend sur Terre en se mangeant l’asphalte, et ça fait mal.

Chapitre Deux: Errances

 « Il doit y avoir un chemin pour sortir de là,

fit le joker au voleur.

Tout est trop confus, je ne trouve pas le repos. »

«All along the watchtower»

La carrière de Dylan a bien failli s’arrêter net en pleine gloire, mais heureusement il n’en fut rien. L’accident fut un choc autant psychologique que physique et Dylan décide de se calmer et de prendre le temps de respirer. Résultat : l’année 67 se passera sans lui ou presque. Il passe son temps chez ses potes de The Band, qui préparent leur premier album (Music From Big Pink), enregistrant de nombreuses chansons inédites qui ressortiront (retravaillées) en 1975 sous le nom de The Basement Tapes. Certains titres de cette période (« The Mighty Quinn », « Please Mrs. Henry » ou « This wheel’s on fire ») deviendront des tubes pour Manfred Mann ou Julie Driscoll.

Fin 67, Dylan se remet au boulot, il enregistre à Nashville un véritable petit bijou : John Wesley Harding, moins évident d’accès au premier abord, mais réservant au fan patient de très grands moments, dont «All along the watchtower» qu’Hendrix reprendra en 68. Impressionné par sa version, Dylan la reprendra systématiquement avec ses arrangements. Cette année-là, Dylan se reconstruit une nouvelle image : chanteur country et barbu, multipliant les apparitions en duo avec Johnny Cash. Chose plus surprenante : il change également de voix, remplaçant sa voix nasillarde habituelle par celle insupportable, d’un crooner country. En avril 1969, la nouvelle voix de Dylan surprend ses fans, même si le nouvel album, Nashville Skyline, obtient un succès conséquent, lui offrant même un tube avec «Lay lady lay».

L’étoile de Dylan va pourtant pâlir lors de la sortie de son nouveau double album, le très médiocre Self Portrait, publié en juin 1970, composé principalement de reprises, plus quelques titres live enregistrés au festival de l’Ile de Wight avec The Band et quelques nouveaux titres peu inspirés. L’un des plus mauvais albums de Dylan qui souffre toujours de sa voix country/crooner insupportable. La popularité de Dylan en prend un coup, mais il se reprend rapidement avec New Morning, petit album sympathique dans lequel Dylan retrouve sa voix habituelle, même s’il peine à rassurer ses fans. Dylan se dit au bout du rouleau, prétend se retirer du showbiz et seuls deux singles seront publiés en 1971 : Watching the river flow et George Jackson où Dylan retrouve ses racines de protest singer.

Chapitre trois: Renaissance

 « … Et me voici sur le bord de la route,

la pluie tombant sur mes souliers,

En route pour la côte est,

Dieu sait que j’en ai souffert

pour y arriver,

empêtré dans la déprime. »

«Tangled up in blue»

Dylan réapparaît en 1973 là où on ne l’attend pas : au cinéma. Il joue le rôle d’Alias dans le film de Sam Peckinpah, Pat Garrett & Billy The Kid et signe la Bande Originale, qui contient un nouveau standard de sa discographie : « Knocking on heaven’s door », popularisé depuis par Eric Clapton et les Guns’n’Roses. Passons sur le très médiocre Dylan publié la même année contre la volonté du Bob en question, reliquats de reprises tirées des séances de Self Portrait et New Morning. En 1974, Bob Dylan revient au sommet avec l’album Planet Waves, accompagné du Band et les fans lui font un triomphe. C’est toujours avec The Band que Dylan partage une tournée et un double live ab-so-lu-ment fa-bu-leux : Before The Flood.

1975 : Dylan, en état de grâce, continue sur son élan et réussi tout ce qu’il entreprend. Nouvelle pierre de touche de sa carrière, l’album Blood On The Tracks qui sort en janvier est encensé par les critiques comme par les fans. Sans aucun doute l’une des ses plus grandes réussites, contenant des classiques comme «Tangled up in blue» (mon titre préféré), ou «Shelter from the storm». En été, Dylan accompagnés d’artistes divers, démarre une tournée légendaire de clubs et de petites salles : la Rolling Thunder Revue (publié récemment dans la collection Bootleg Series). En juin on publie enfin le double album tiré des séances inédites de 67 : The Basement Tapes, qui sert surtout à contrer les ventes importantes de disques pirates. La tournée Rolling Thunder reprend à la fin de l’année, mais les concerts se donnent désormais dans les arènes.

En janvier 1976 c’est un autre chef d’oeuvre : Desire, démarrant avec le tonitruant « Hurricane» et le violon ébouriffant de Scarlet Rivera. Dylan endosse de nouveau, pour l’occasion, la cape du héros pour défendre en une longue et acide diatribe le boxeur Rubin Hurricane Carter, condamné à la prison à vie pour trois meurtres qu’il n’a pas commis. Pourtant cette année-là, Dylan recommence à sombrer peu à peu. Son nouvel album live Hard Rain, n’apporte rien de neuf et déçoit les fans. Il est alors empêtré dans son divorce largement médiatisé et les problèmes financiers de son film Renaldo & Clara qui sera un flop magistral.

Dylan laisse à nouveau couler le temps …

Lorsqu’il réapparait début 78 c’est pour une tournée mondiale qui fleure bon le son du tiroir caisse et l’odeur de l’oseille. Une tournée qui donnera le double live At Budokan. En juin Dylan publie un nouvel album : Street-Legal, un disque que je n’ai jamais trop aimé, principalement à cause des arrangements et de la production. Un disque qui ne fera d’ailleurs pas l’unanimité auprès des fans.

Chapitre Quatre: Fidèles et Infidèles

  » Tu es né avec un serpent dans chaque main

pendant qu’un ouragan soufflait.
La liberté est au coin de la rue pour toi,
mais avec une vérité si lointaine,
à quoi te servirait-elle? « 

«Jokerman»

 En 1979, Dylan se fait baptiser chrétien et va ennuyer ses fans avec une trilogie d’albums à thèmes religieux : Slow Train Coming (1979), Saved (1980) et Shot Of Love (1981), qui contiennent néanmoins quelques très bons titres ici ou là. Dylan renie ensuite sa foi (« La musique reste ma seule religion » affirmera t’il à l’époque) et renaît encore une fois avec l’excellent album Infidels, produit par Mark Knopfler (NDLR : chanteur-guitariste des Dire Straits), qui contrairement à son titre, n’est pas (ou plus uniquement) un album à thème religieux et un titre comme «Jokerman» réconcilie enfin Dylan avec son public. Malheureusement les années 80, comme pour beaucoup d’artistes de sa génération, vont être une décennie extrêmement médiocre pour le Zim. Des albums live inutiles (Real Live en 1984 avec Mick Taylor ou Dylan & The Dead avec le Grateful Dead enregistré en 1987) ou des albums studios sans grand génie comme Empire Burlesque en 1985, Knocked Out Loaded en 86, Down In The Groove en 88 qui vont émécher la patience et la fidélité de ses admirateurs.

Mais la même année, un nouveau miracle va se produire. L’union de cinq potes : George Harrison, Tom Petty, Jeff Lynne, Roy Orbison et Bob Dylan, qui vont produire un superbe petit album sous le nom des Traveling Wilburys. Un tube : « Handle with care », et surtout une autoparodie de Dylan génialissime : « Tweeter & the monkey man ». Dylan est meilleur que jamais sur Oh Mercy en 1989, enregistré à la Nouvelle Orleans et produit par Daniel Lanois. De très grands titres (« Political world », « Man in the long black coat »), et une production très réussie, font de ce disque un must pour les fans. En 1990, Dylan participe au 2e et dernier album des Traveling Wilburys et publie un autre album, qui divisera à nouveau son public : Under The Red Sky.

Dylan fête ses trente ans de carrière en 1992 avec un concert au Madison Square Garden, accompagné de ses amis et admirateurs : George Harrison, Eric Clapton, Johnny Cash, Kris Kristofferson, Lou Reed, Roger McGuinn, Tom Petty, Stevie Wonder, Neil Young, Willie Nelson, etc., et publie en 92 et 93 deux albums acoustiques de traditionnels du folk : Good As I Been To You et World Gone Wrong, à réserver aux inconditionnels.

Entre 1990 et 1997, Dylan ne publiera aucun nouvel album studio et la question que l’on peut se poser est la suivante : qu’est-ce que Bob Dylan peut encore bien nous apporter ?

Chapitre Cinq : pas encore nuit …

  » Quelque fois mon fardeau

est plus lourd que ce que je peux porter,

Il ne fait pas encore nuit,

Mais ça se rapproche. »

«Not dark yet»

En 1994, à l’occasion d’une énième compilation, Dylan publie un inédit de taille : «Dignity», ce nouveau classique est également joué sur le live Unplugged publié l’année suivante. Je lui préfère néanmoins la version démo datant des séances de Oh Mercy. Il faudra encore quelques années à Dylan pour publier un nouvel album, et ce sera la bonne surprise de Time Out Of Mind en 1997, prouvant que Dylan n’a pas encore tout dit (« Not dark yet », « Love sick »). Et il continue de nous surprendre, le bougre, avec l’excellent Love & Theft en 2001, même si son nouvel aspect terriblement amaigri laisse présager du pire … il n’en sera rien heureusement. Cinq ans plus tard, c’est une autre réussite incontestable : Modern Times publié en août 2006, et son «Thunder on the mountain» réjouissant, où il rend hommage à la jeune chanteuse soul Alicia Keys. En 2009, Dylan partage encore une fois son public avec l’album Together Through Life, mais qui est encore d’excellente facture. L’album de Noël, Christmas In The Heart par contre est une catastrophe à tous les niveaux et peu d’entre nous se sont attardés sur cette collection peu reluisante d’hymnes poussifs.

Nul doute que le nouvel album, attendu pour l’automne 2012, fera oublier cette faute de goût.

Je signalerai pour terminer un superbe documentaire de Martin Scorsese sur ses premières années de gloire : No Direction Home. Je conseille également le superbe coffret anthologique Biograph datant des années 80 et, bien évidemment, la série Bootleg Series, dont certains sont tout bonnement incontournables, comme les premiers volumes, bourrés d’inédits passionnants, le live Rolling Thunder Review de 75 ou encore le concert légendaire de Manchester de 66, faussement baptisé Royal Albert Hall Concert.

© Pascal Schlaefli

Rockclassics.centerblog.net

 Les + : video Times they’re a-changin’

Commentez !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s