La Matinale ZW/Sans catégorie

Géographie mentale du 4 mai 2012


Il vient toujours un temps où l’on essaie de dessiner une certaine géographie personnelle, plus ou moins tôt d’ailleurs ; peut-être que ceux qui veulent explorer loin commencent tôt, pour assurer leurs arrières, ou l’inverse, pour ne pas trop rapidement enserrer dans les mailles d’itinéraires appauvrissants toute l’énergie, la portée, l’espace des possibilités. C’est un peu comme ces pas japonais, marelle du respect ou de la peur, selon qu’on protège ce qui entoure, à la manière d’Antigone …

 » C’était beau. Tout était gris. Maintenant, tu ne peux pas savoir, tout est déjà rose, jaune, vert. C’est devenu une carte postale. Il faut te lever plus tôt, nourrice, si tu veux voir un monde sans couleurs. (…) Le jardin dormait encore. Je l’ai surpris, nourrice. Je l’ai vu sans qu’il s’en doute. C’est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes.  » (Jean Anouilh, Antigone, 1ère partie)

… où qu’on s’en protège : inconnu, surprenant : qui sait ce qui pourrait en jaillir ? Et voici qu’il en est ainsi en musique comme en littérature. Souvent des figures, importantes, jalonnent nos textes, parmi lesquelles Jean-Marie Gustave Le Clézio, dont nous savons qu’il a révolutionné notre vie, doucement, imperceptiblement diraient certains, mais définitivement :

 » Ce qui me tue, dans l’écriture, c’est qu’elle est trop courte. Quand la phrase s’achève, que de choses sont restées au-dehors ! » (J.M.G. Le Clézio, Le livre des fuites)

De la même manière, nous posons chaque mois la pierre angulaire de notre discothèque idéale dans ces pages. Mais qu’en est-il de notre initéraire personnel du son, de la sensation, du sentiment ? Ce sont parfois des disques secondaires, ou peu représentatifs de leur genre, des artistes inconnus ou trop médiatisés pour que d’aucun se réclame encore de leur héritage. Et pourtant. Il n’est pas la même chose de demander à un mélomane de désigner l’album le plus important de la musique, que de lui demander l’album de sa vie.

Il vient un temps où distinguer le général de l’individuel, l’incontournable de l’incontourné a du bon. Il y a ces traces de pas, ces sons qui résonnent encore, qu’on voudrait parfois encadrer, comme des portraits, non tant pour les livrer aux autres que pour les garder prisonniers pour soi, un peu, quelques instants au moins. Et si, comme les images, comme les visages, les voix disparaissent peu à peu, gageons que leur seule survivance est bien dans le partage, qui en multiplie la résonance, l’importance, l’impact.

Et vous, qu’est-ce qui résonne dans votre tête en cet instant, qui, quand, comment ? Livrerez-vous à quelqu’un aujourd’hui cette voie personnelle, ce pas, l’histoire de cette trace personnelle sur le sable du souvenir ?

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