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Disc’Idéal : Planet E. (Heaven’s Gate)


 

Contrairement au proverbe qui voudrait que l’on rende à César ce qui lui appartient, il est juste de rappeler dans l’histoire que bien des grands n’auraient laissé leur nom sans l’appui, dans l’ombre, d’habiles prescripteurs, de savants chimistes, dont le nom ne surgit jamais qu’à l’aune du travail des chercheurs et spécialistes, pour rendre justice. Et s’il est, dans le monde surpeuplé des artistes rock, hard-rock ou métal selon les classificateurs, un exemple d’éclaireur jamais éclairé, c’est bien Heaven’s Gate.

Ce groupe, inconnu des grands medias, jusqu’à ce que Sascha Paeth, guitariste-bassiste-compositeur, par ailleurs producteur, ne mette la main à la patte de grandes oeuvres pour de grands noms (Gamma Ray, Blind Guardian, Angra, Avantasia, Kamelot, Luca Turilli, Rhapsody, et mille autres – cf à ce sujet notre Sol’Iter consacré au monsieur), a ainsi vu sa discographie oubliée, dont l’excellent Hell For Sale, rééditée, faire l’objet de coffrets, fourreaux et autres éditions limitées, pour surfer sur la grande vague de métal progressif puis power de la fin des années 90 (Edguy …).

Pourtant, les albums qui continuaient de sortir n’ont pas bénéficié réellement de cet éclairage médiatique, et parmi eux, le très bon Menergy (1999) mais surtout l’exceptionnel Planet E. (comprenez Planet Earth), sorti en 1996, qui regorge de joyaux et ouvre la voie, une fois de plus, dans l’ombre, à l’intégration, à la digestion d’une approche progressive au sein même des lignes de force de ce qui constitue le rock, faisant exploser par là-même les clivages, les sectorisations, les écoles. Ce travail, que l’on retrouve dans la participation de Sacha Paeth au duo Virgo avec André Matos (ex-Angra, ex-Viper, Avantasia, Shaman), pop quasi gospel par endroit, où à d’autres aventures plus gothiques et métalliques, est, plus qu’une preuve d’ouverture d’esprit de ses membres, une brèche ouverte silencieusement par Heaven’s Gate, et ce, bien en avance, dans la culture du nouveau millénaire et son maître mot : s’adapter, intégrer, se diversifier ou mourir. Ainsi, pendant que nos constructeurs immobiliers découvraient la téléphonie portable, que nos réfrigérateurs diffusaient les images du monde, les Allemands d’Heaven’s Gate mettaient fin à la carrière du groupe et laissaient pourtant derrière eux un testament d’inventivité et une promesse de mutation.

La journée mondiale de la Terre, qui s’est tenu en ce mois d’avril, était donc l’occasion de désigner Planet E. comme Disc’Idéal à balancer sur nos platines : dès l’explosif et initiatique « Terminated World », le ton est donné d’un album structurellement somme toute assez rock (« Rebell Yell », « Back from the dawn » ou les covers « Animal » bien senti et « This Town Ain’t Big Enough for Both of Us« ), qui s’ouvre au power métal (la reprise de Judas Priest « The sentinel » ne saurait le démentir), aux rythmiques fluides (« On the edge », à l’esprit très Gamma Ray), aux breaks inventifs (« Planet E. »), aux refrains surtout accrocheurs : « The children play » sait en substance nous livrer l’aspect contine et chansonnette entêtante que l’on retrouve dans les compositions métalliques du groupe, où les choeurs, les canons vocaux et les envolées lyriques, parfaitement maîtrisés, sont à mille lieux des pâles immitations des chants d’opéra, déjà à la mode à l’époque, dans une parfaite harmonie vocale (les animaux entrant deux à deux dans l’Arche de Noé est tout simplement un chef d’oeuvre de réécriture sur « Noah’s Dream »), et l’immense force d’une incarnation presque militaire, sous l’égide vocale de Thomas Rettke et les lignes rythmiques d’un Paeth sur inspiré (« Black Religion »).

« Every day I watch the news, they say the
world is bleeding
we’re responsible for every little piece of ground
hand in hand we have the chance to say it loud » (Planet e.) (1)

Quel bel hommage, ce Planet E. à une démarche pro-environnementale, à laquelle on sait une certaine Europe plus sensible qu’une autre, quel bel album de métal, quelles belles compositions rock, quelle belle ouverture rythmique et structurelle, plus audible à l’époque que l’approche tentée par Dream Theater sur son Change of Seasons, démonstratif même si fort efficace. S’il ne nous paraît pas dommage que le groupe ait renoncé à poursuivre sa carrière, car il faut bien avouer que le travail de S. Paeth tout à la fois mettait en lumière celui du groupe et lui faisait définitivement plané sur la tête l’ombre d’une démarche trop solitaire, il nous semblait inacceptable de ne pas rétablir l’ensemble de ses membres mais plus encore cet album injustement méconnu, à sa place d’oeuvre incontournable, de disque idéal, que tout amateur de métal, de rock, de musique en général, et toute personne souhaitant couronner le tuteur plus que l’élève, se doit de posséder.

(1) Comprenez : « Chaque jour j’observe les nouvelles, qui disent que le monde saigne ; nous sommes responsables de chaque motte de terre ; la main dans la main nous avons la possibilité de le dire haut et fort »

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