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Album du mois – Avril 2012 : Animal joy (Shearwater)


Tandis que le monde s’extasie du travail d’un Gotye, dont nous disions à juste titre notre appréciation nous aussi, notamment pour son inscription dans une tonalité rock devenue rare, depuis la disparition des charts des A-Ha, Simple Minds, Shearwater livre un nouvel opus, pourfandant les genres, réconciliant les attentes, les envies et le plaisir de donner et de recevoir ; car cet Animal Joy est l’une des plus belles pierres que vous puissiez glisser dans votre platine ces temps-ci. Inutile de vous dire que votre revendeur local n’aura pas nécessairement ce bijou et qu’il vous faudra catcher la souris pour vous mettre sous la dent notre Album du mois d’Avril et en goûter le parfum délicat et entêtant.

La notion de progressivité, hors champ du métal qui l’a maniée, avec plus ou moins de talent mais avec insistance, n’est plus guère l’affaire de spécialistes techniques (on pense à Spock’s Beard, Transatlantic) ou sensoriels (Peter Gabriel himself, Kate Bush, Steven Wilson …). pourtant, il y a, dans la construction sonore des morceaux de Shearwater quelque chose qui s’approche de cette variation polychromique (« Breaking The Yearlings »), de cette mutation perpétuelle de la structure du morceau, sans jamais pour autant virer à la déconstruction et à la déshumanisation de la musique, bien au contraire. De tous les albums du groupe, Animal Joy semble le plus incarné, le plus accessible sensitivement, car Shearwater dénude, révèle, laisse s’ouvrir, comme un parfum, chaque note, chaque rythme, chaque tonalité de voix (et quelle voix !).

A la manière notamment de Spoon, « Dread Sovereign » crée ce paysage sonore si typique, appuyé sur des lignes de basse omniprésentes (« Open your houses »), répétitives, où la voix, sensible, sans en être fragile, éclate, s’empare de l’espace (« Star of the edge »). Profondément rock (« Insolence »), la musique des Américains est avant tout bigrement efficace : les ambiances sont parfois intimes (« Run the Banner down » flirte encore, plus folk, avec les sonorités de Simon & Garfunkel) et les rythmes a priori évidents (« Immaculate »), fluides (« You as you were » rappelle l’approche d’un Snow Patrol en moins électro) ; mais toujours Shearwater évite l’écueil de l’emphase inutile pour réellement libérer l’émotion, tant et si bien que s’écrit directement au creux de nos oreilles cette sonorité si eighteen (« Believing Makes it easy » est un « Blue Hotel » à sa manière), pourtant chargée de ce que l’électro du nouveau millénaire a fait de plus pop  et de plus engageant (« Animal Life » touche à la perfection en ce sens et nous fait regretter Talk Talk), pour éclater versant rock, dans une fusion des genres captivante (« Pushing the river »).

Ce printemps nous réservait bien des surprises, encore, ce mois-ci ; l’Animal Joy, qui invite à redécouvrir toute la carrière du groupe de Will Sheff (Okkervil River) et Jonathan Meiburg (et l’on ne saurait que trop vous conseiller Palo Santo), est pour nous la preuve que la qualification d’indépendant ne signifie plus rien aujourd’hui qu’un gage commercial de plus : plus progressif que folk, plus rock que pop, plus australien que californien dans le son, ce nouvel opus inscrit Shearwater dans la lignée de ceux qui ont donné à la musique actuelle ses lettres de noblesse, loin des classifications, souvent bien loin des stades aussi, dans le plaisir sonore partagé.

4 réflexions sur “Album du mois – Avril 2012 : Animal joy (Shearwater)

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