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Black Chamber : Tindersticks


Les Tindersticks, groupe bien connu de la scène rock anglaise depuis leurs premières galettes en 1992 (Patchwork), a très longuement collaboré avec la réalisatrice Claire Denis. Il est né de cette collaboration, outre un respect réciproque, l’assurance que la musique, à elle seule, peut initier une démarche cinématographique :  » Un film peut naître d’une musique  » confiait la femme du 7ème Art à Didier Perron de Libération. Il n’en fallait pas plus à ZIKWORLD pour revenir sur la question, dans ce Black Chamber consacré à cette rencontre et à cette histoire, et ce, à l’occasion de la sortie du nouvel album du groupe.

La musique de Tindersticks pour les films de Claire Denis (citons  Nénette et Boni (1996), Trouble Every Day (2001), 35 Rhums (2008), White Material (2010) antre autres), est souvent un véritable travail d’orfèvre, qui fait naître tour à tour de petites sonorités rassemblées, ou d’accords majeurs et puissants lancés dans l’espace (leurs « Opening » notamment) une sensualité de cordes (« Le Rallye »), une profondeur de cuivres (le travail de Stuart A. Staples sur « The Black Mountain » par exemple), une émotion de vents (« Children’s Theme »).

 » Quand j’ai rencontré David Boulter, qui joue des claviers et compose dans le groupe, il était fasciné par John Barry et Ennio Morricone. Son projet était d’écrire des musiques de films, mais il ne savait pas qui lui permettrait de le faire. Moi, je voulais donner vie à mes chansons. C’est dans ce contexte que les Tindersticks se sont formés. Claire Denis est entrée dans notre vie par hasard, nous ne la connaissions pas, nous n’avions pas vu ses films, et elle est venue, dans les coulisses d’un concert, nous demander si elle pourrait utiliser une chanson de David dans laquelle elle trouvait des échos très personnels. Nous avons eu immédiatement envie d’en faire plus et nous lui avons proposé d’écrire la musique du film entier. » Stuart Staples

Lorsque la voix s’en mêle (« Trouble every day »), c’est pour plonger l’auditeur dans un espace aérien, presque électro, à la manière des instants magiques et tragiques à la fois d’un De battre mon coeur s’est arrêté. Le ton est donné, les cordes vocales se mêlent à l’orchestre des émotions grandissantes, scandées d’interventions cuivrées menaçantes dans leur répétitivité (on se souvient Ennio Morricone sur la BOF du Marginal, avec Jean-Paul Belmondo). Ainsi, la magie opère souvent (« Rumba »), dépaysante, rassurante aussi (« La passerelle »), tendant à l’image la vertu de son écriture :

 » Nous lisons les scénarios qu’elle nous envoie, mais c’est quand nous découvrons les couleurs, la tonalité et le rythme du film que nous commençons à composer. Très vite, nous avons compris que le plus important était de choisir notre palette, avant de trouver les mélodies et les thèmes, d’adopter une gamme de sons en accord avec les images, d’accompagner le regard, de laisser respirer les plans. Dès ce premier film, nous avons décidé de nous restreindre, de ne surtout pas multiplier les instruments, de ne rien surcharger. » Stuart Staples (entretien pour Télérama)

Cette collaboration réciproque a donné lieu, dans l’autre sens, a un concert (Eglise St Eustache – Paris), durant lequel, à l’appui d’images choisies projetées sur toile tendue, Tindersticks a joué quelques musiques réalisées pour les films de Claire Denis :

 » Ils voient les ébauches des films très en amont, à chaque fois je suis surprise : ils rentrent dans la matière sonore du cinéma et, grâce à eux, je parviens à appréhender cette dimension de mon propre film. (…) Il ne s’agit jamais de surligner une scène, ni de la décrire. Stuart ne suit pas des indications que je pourrais lui donner, il traduit ce qu’il ressent.» Claire Denis (Entretien pour Libération)

Et Claire Denis de ne pas s’arrêter là : elle a depuis collaboré notamment avec Sonic Youth (« Incinerate »), en 2006. Pour ce qui concerne la période 1996 – 2009 avec les Tindersticks, elle a fait l’objet d’une édition spéciale Claire Denis Film Scores 1996 – 2009, que nous ne saurions que trop vous recommander, car de la première à la dernière seconde, cette communion des deux univers est présente :

 » Il faut une extraordinaire clairvoyance pour ainsi, sans artifice, cueillir d’une caresse ou d’un choc (caresse ou choc d’image, de son) la promesse de réalité et de fiction que recèlent des lieux que rien ne désignait à une attention particulière. » Jean-Michel Frodon (Les Cahiers du Cinéma).

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