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Black Chamber : Emilie Simon


On la connaît naturelle, on l’imagine fragile, et ce ne sont pas ses compositions très électro pour le 7ème art qui effaceront cette impression cristaline d’une voix mêlée à celle du monde, dans une danse au corps à corps, d’où fusent mille et une sensations, et le lot de sentiments que nous leur attachons, humainement, indiciblement : Emilie Simon, du haut de ses 33 ans, est d’ores et déjà l’une des compositrices remarquées de bandes originales de films, en sus de ses albums plus pop – rock, et tout aussi rafraîchissants. Son dernier travail, intitulé Franky Knight, en lien avec La Délicatesse, de Stéphane et David Foenkinos, fait se rencontrer plus que jamais les deux sphères du monde et de cet incroyable univers intérieur, sur le thème de la disparition de l’Autre et de la reconstruction de soi. L’occasion pour Zikworld d’un petit retour sur cette étonnante présence (é)toilée …

 Si la presse l’a très vite comparée à Björk et Kate Bush, l’une pour son côté faussement fragile et très électro, l’autre pour son talent de composition et de conteuse d’histoires, force est de constater qu’Emilie Simon, lorsqu’elle approche l’univers du cinéma, ôte le fard de la modernité pour maquiller son regard aux couleurs naturelles : bruitisme, sonorités, certes retravaillées, mais les plus proches de la réalité qu’elles cherchent à transcrire, bien souvent réalisées grâce à des inventions de l’artiste en guise d’instruments (fourchettes, ressorts, on dit qu’Emilie simon a plus d’un objet dans son sac !) ; c’est avant tout cela, l’univers cinématographique de la jeune Montpelliéraine.

Et c’est bien là l’héritage de cette « progressivité », tant décriée, qui inscrit Emilie Simon dans la droite ligne du travail de Peter Gabriel, côté rock et influences ethniques (cf. Ovo par exemple), de Massive Attack ou Tricky, côté électronique spatiale, créatrice de relief. Est-il besoin de décrire en sus cette voix légère et pourtant si puissante, fragile et pourtant si déterminée, lorsque s’ouvre la bande originale de La Marche de l’Empereur ? Et qui a eu la chance de voir ce film au cinéma se souviendra avec émotion de cette rencontre sous nos yeux (et sur nos peaux, car il s’agit bien de sensitif aussi) de cet onirisme musical et de ces images grandiloquentes, si froides et si puissantes ! Emilie reçut en 2006 une Victoire de la musique dans la catégorie Bande originale de film et fut nommée pour un César dans la même catégorie.

Mais cela ne place nullement son travail en opposition à l’idée de modernité : sans doute est-elle justement là, dans cette capacité à réinscrire l’aujourd’hui dans le toujours, sa force de composition : l’électronique est un moyen, les sons imitant la nature aussi. Ce qui distingue ces longues compositions, parfois si cristallines que la voix d’Emilie se fond parfaitement dans le blanc de l’espace, dans la narration cinématographique, c’est justement qu’Emilie Simon ne compose pas totalement pour le cinéma, mais prête d’une certaine manière ses compositions au cinéma. D’ailleurs, ce ne sont pas les compositions de la jeune Française qui accompagnèrent La Marche de l’Empereur sur les écrans outre atlantique : Emilie fît donc paraître son travail, à part, comme nouvel album : March of the Empress.

De même, lorsqu’elle travaille sur Survivre avec les loups de Véra Belmont, en 2008, l’artiste met parfaitement à jour cette différence : écrire un album et composer la bande originale d’un film peuvent être lié, sans que ce soit les images qui guident les sensations et sentiments. En cela ces BO réalisées par Emilie Simon sont logiquement considérées comme des albums à part entière et les écouter hors les images ne renvoie nullement l’impression de se couper un bras. Le public connaît ainsi bien peu ses « Papillon » ou « Au lever du soir » repris pour le film, avec arrangements de rigueur au contexte cinématographique et au script. Cette participation ne fait d’ailleurs pas partie de la discographie de l’artiste.

L’année suivante voit malheureusement la disparition de son compagnon, François Chevallier, qui fût le producteur de son album sur l’empire du froid. Même si plus de deux ans se passent, le travail d’Emilie Simon intitulé Franky Knight, qui sert de bande originale au film La Délicatesse, de Stéphane et David Foenkinos, revêt des allures de deuil. Le film évoque l’histoire d’une rencontre, entre Nathalie (interprétée par Audrey Tautou), jeune femme marquée par le deuil, et Markus (incarné par François Damiens), un collègue de travail jusque là complètement anonyme, personnages que rien ne disposait à connaître une histoire d’amour, en forme de reconstruction, de découverte, d’envie et de frustration, de vie en somme.

L’album d’Emilie Simon est ainsi empreint de cette fragilité du doute, de cette magie de la découverte, de cette force du franchissement, de cette énergie du dépassement : Son « Chevalier » (NDLR : Knight en anglais), qui ouvre cet album, assoie très vite le travail de l’artiste dans un univers jazzy, un rien mélancolique, que les cuivres soulignent, avant de se laisser emporter par les envolées vocales extravagantes d’Emilie vers un univers rétro pop, inspiré des comédies musicales années 70 (« I call it love »). Il y a bien évidemment l’avant, celui qui retient et que l’on retient, du côté des souvenirs (« Holy Pool of memories » emprunte ainsi le champ d’instrumentation et l’espace vocal d’une Kate Bush, de même qu’un « Franky’s Princess » virevoltant), qui taquine l’après (« Something more » nous traîne en plein univers cabaret enfumé). Entre les deux, l’équilibre précaire des sentiments (l’électro fragile « Sous les étoiles »), de l’être en proie à la souffrance et au doute, est tout simplement sublime de ton, porté par les cordes et la voix lourde de sens, dont voici le propos (« Bel amour ») :

 » Si je pouvais bâtir, un soleil, un empire, pour toi,
sans hésiter, cent milles fois, je le ferais
Si je pouvais tout changer et si je pouvais braver
la mort, j’irais te chercher, plus jamais je ne te quitterais
Si les lumières du matin pouvaient ramener tes mains, ton corps et ta chaleur,
mon amour, non, je n’aurais plus peur
Quand je ferme les paupières, j’entends ta voix et j’espère pouvoir enfin, retrouver
mon bel amour pour l’éternité « 
L’énergie du renouveau, en touches électro, en notes sautillantes, donne au personnage de Nathalie une légèreté, presque insouciante (« Walking with you » dans ses deux versions), et l’on retrouve ici pleinement l’univers d’Emilie sur un album comme Vegetal (« Les amants du même jour »). Et en guise de continuum passé – présent, d’acceptation d’une vie qui continue, le touchant « jet’aimejet’aimejet’aime » laisse Emilie cotoyer une magie presque tzigane de l’amour dans une orchestration cuivrée, chaude et symphonique.
 
Encore une fois, l’artiste française est parvenue à développer un univers haut en couleurs, empreint de vérité des sentiments, sur la base de sensations vocales, rythmiques, instrumentales, au plus juste : il n’était pourtant pas aisé de redonner à ce cheminement, qui avait pris dès le départ l’allure d’une traversée du désert, la ténacité du végétal, la sincérité de l’animal et l’humilité de l’humain, pour révéler toute la magie du monde.

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