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Disc’Idéal : The Score (Fugees)


Comme chaque mois, Zikworld vous ouvre les portes de sa discothèque idéale. Ce mois-ci, nous évoquons avec vous The score, des Fugees (1996).

Le hip-hop portait haut et fort ses lettres de désenoblisssement, en guerre avec tous les autres genres et avec lui-même, lorsque les jeunes Fugees, alors armés de leur croisement de hip-hop groove et de soul matinée de reggae, balance dans la mare des évidences un pavé qui fera date.

À la manière d’une bande son de la génération en perte de repères qu’ils tente de toucher, ce Score va marquer les esprits, moins pour un quelconque discours de révolte, qui le rapprocherait du rap conscient ou du hip-hop East-coast (New-York principalement) qu’il côtoyait alors, que pour sa qualité de composition, tant dans les titres des Fugees eux-mêmes que dans les reprises variées de cet album : Lauryn Hill et consorts convoquent deux standards que sont « No woman No cry » (Bob Marley & The Wailers) et « Killing Me Softly (With His Song) » (Roberta Flack). C’est la première fois que le hip-hop génère autour de lui un tel mouvement de fusion des genres : reggae, pop-folk, auquel on peut ajouter, non sans raison, la soul, par l’interprétation samplée « Ready or not » du titre « Ready or Not Here I Come (Can’t Hide From Love) » des Delfonics, groupe qui connut surtout un succès dans les années 60 et 70, maintes fois repris et samplé par des références planétaires comme Prince.

Il s’agit moins de révolution culturelle que sonore ; pourtant, le « Killing me softly… » déjà intégré dans le répertoire traditionnel pop Américain, alors même que sa compositrice soul était noire, tout autant que la référence aux Delfonics et indirectement à toute la puissance soul et groove des trente années précédentes, firent de The Score l’un des albums les plus vendus au monde, avec 31 millions d’exemplaires (il faudra s’appeler Eminem ou Tupak Shakur, l’un avec son discours sociétal provocateur, l’autre politique, pour faire mieux dans le même genre). Mais comme de nombreux albums incontournables, The Score appartient au lot des étoiles filantes : bien meilleur que le premier album, pourtant déjà salué par la critique Blunted on reality, déjà produit par Ronald Khalis Bell (producteur des Kool & the Gang), il précipitera le groupe dans des dissensions propres à le faire exploser en plein vol. Cela permit de renforcer un peu plus le côté mythique tant du groupe que de cet album aux nombreuses perles d’interprétation.

Bien que l’auteur du sample utilisé illégalement sur « Ready or not », l’irlandaise Enja (faut-il vraiment la présenter ?) ait intenté un procès au groupe, un arrangement fut trouvé ; l’occasion de mêler l’électro, l’Europe au public déjà conquis, par cet opus qui reçut deux Grammy Awards en 1997. On retiendra, outre la qualité génrale de l’album, l’esprit particulier qui se dégage, épais, lourd, mais jamais sombre, emmené par la voix légère de Lauryn Hill, tantôt propulsé par le véritable dialogue des MC, manière de convoquer l’auditeur au partage, et puis ce mouvement général, entre danse et gospel, qui se dégage des mesures répétitives, des refrains simples mais entêtants :

 » Oooh La La La,
It’s the way that we rock when we’re doing our thang
Oooh La La La,
It’s the natural LA that the Refugees Bring  » * (Fu-gee-la)

Avec cet album, les Fugees sont en effet venu redonner le LA au hip-hop qui a sombré dans des guerres intestines (West coast contre East coast) depuis près de 5 ans ; cette bande-son d’une Amérique qui valorise ses origines, ses racines, dans la culture des îles, puisque Wyclef Jean et Pras Michel sont originaires d’Haïti, et Lauryn Hill du New Jersey, mais d’ascendance jamaïquaine, et qui est d’ailleurs bâtie comme une symphonie avec intro et outro, prône le respect, le partage, d’authentiques valeurs traditionnelles soulignées par la reprise de Bob Marley, et sort dans les bacs américains tandis que Tupak d’abord (septembre 1996) puis Notorious B.I.G. (mars 1997) sont assassinés au nom des valeurs d’argent, de carrière, de business qui anéantissent la musique Hip-hop :

 » So why you imitatin’ Al Capone
I be Nina Simone and defacating on your microphone « ** (Ready or not)

L’interprétation qui força le respect du « Killing me softly », par Lauryn Hill, en plein coeur de Brooklyn, et surtout au milieu de grands du rap actuel, comme Mos Def ou John Legend, a su rappeler, en 2004, que la nouvelle génération était porteuse de ces valeurs initiées par les Réfugiés. Un album jamais imité, jamais égalé, incontournable tant historiquement que musicalement, à ranger dans votre discothèque, à peu près où vous voulez, entre reggae, soul, hip-hop ou rap.


* Signifie : « Oooh La La La, C’estcomme ca qu’on dechire quand nous faisons notre business, Oooh La La La, C’est le vrai La que les réfugiés apportent »

** Signifie : « Aussi, pourquoi tu imites Al Capone, Je suis Nina Simone et je chie sur ton microphone. »

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