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Album du Top 10 – Janvier 2012 : BOF The Girl with the dragon tattoo (Trent Reznor et Atticus Ross)


Comment concilier musique et image, participer au processus de fusion du regard toujours convainquant et dur du réalisateur de Seven et The Social Network avec l’écriture en forme de plaie ouverte d’un Stieg Larsson qui entend crier avec ses personnages décalés et prenants toute une génération internet élevée à l’heure post-industrielle ? Tel était l’enjeu de The Girl with the Dragon Tattoo, adaptation par le maître du thriller glauque David Fincher, dont le score a été réalisé, une fois de plus, par le duo de choc Atticus Ross / Trent Reznor (leader, faut-il le rappeler, de Nine Inch Nails, groupe phare pour ne pas dire fondateur de la musique industrielle justement), duo nominé aux Golden globes et gagnant d’un Oscar pour son précédent travail auprès du 7ème art.

Si le travail des deux compères bidouilleurs de sons et d’ambiances a débuté, sur la base du script du film, bien avant les premières scènes du nouveau Fincher, The Girl with the dragon tattoo (en Français Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes), c’est que, de l’aveu de Trent Reznor lui-même, ils avaient pris conscience, lors de leur score pour The Social Network, de la nécessité pour le réalisateur de disposer de beaucoup de matériel sonore avant même la phase de réalisation des scènes : en cela la musique joue-t-elle pleinement son rôle d’actrice, de media sensoriel et discursif, et non seulement d’accompagnement. La multiplicité des sons, des instruments, alliée à celle des titres de cette bande – originale du film (39 au total pour plus de 3 heures de musique) participe donc pleinement de cette approche, tout autant qu’elle permet la mise en place d’un univers pesant, émacié, trituré, blessé, à l’image des personnages interprétés par Daniel Craig et Rooney Mara.

Finalement assez loin de la musique de Nine Inch Nails, plus connue pour ses excès sonores industriels, son rock halluciné et débridé, ou ses mélodies lancinantes, déjà plus proches de l’esprit de ce film, mais à la différence que la voix est quasi – absente de cette bande originale et que le piano cher à Trent Reznor cède bien souvent la place ici au bruitisme du xylophone ou du triangle. On peut ainsi distinguer trois tons principaux dans ces compositions :

L’un est profondément porté par un duo basse / piano, caverneux, qui contribue à créer cette texture sonore sombre, erafflée (citons par exemple « People lie all the time », « What if we could ? », « Under the midnight sun » ou encore « Later into the night »), bruitiste (« She reminds me of you »,  » With the flies » ou  » Please take your hand away »), qui soutend tout le film ; le second s’ouvre, plus aérien et rond (« Perihelion », « You are here », « Millenia »), sans parvenir à créer réellement l’échappatoire onirique dont on aurait bien besoin (« While waiting », « A pair of doves », « Of secrets »), tant cette ambiance pesante, parfois séduisante de noirceur dans son orientalité (« An itch », « Revealed in the thaw »), fausse étreinte qui déteint comme une tâche de sang dans la neige suédoise de Larsson, dessine un paysage sonore quasi aquatique (« A pause for reflexion ») où tout espoir est noyé, toute humanité effacée, à l’image de cette voix féminine esseulée.

Le troisième et dernier, plus attendu, quoi qu’étonnant de rareté, distillé avec parcimonie durant ces trois heures, est directement hérité du savoir – faire industriel de Reznor (« A thousand details »), plus rock, plus rythmé (« Great bird of prey »), presque guerrier (« Infiltrator »), qui convoque avec aisance l’imaginaire rouillé, souillé, délabré et chosifié de la fin des années 80’s, pour mieux symboliser cette déshumanisation presque intemporelle des personnages, que la violence seule ramène dans la fragilité du monde (« Cut into pieces », « Another way of caring »).

Trent confiait à ce propos à Sandy Cohen :

« Quand j’écris de la musique pour moi ou pour mes propres projets, j’espère qu’elle grignotte près de cent pour cent de votre attention, ce qui entre en vos oreilles. Mais dans le travail pour un film et particulièrement avec David, elle contribue vraiment à l’expérience complète (…) Cela m’oblige à repenser comment je compose et quel rôle joue le son, mais aussi comment contribuer à créer et manipuler avec émotion ce que vous éprouvez mais pas de la même manière que j’ai l’habitude de le faire et cela se révèle très excitant pour moi. »

Finalement cette quête, celle de deux êtres à la recherche d’une histoire, d’une identité et d’un espace d’existence, ne saurait en effet être mieux représentée que par cet « Immigrant song » de Led Zeppelin version indus rock, qui ouvre ce score, duo Trent Reznor / Karen O. (Yeah Yeah Yeah) à vous couper le souffle : tout dans cette rencontre de deux mondes musicaux, comme dans ce mélange de voix en clair / obscur où l’abîme n’est pas forcément du côté que l’on croit, nous conte l’histoire d’un déracinement. Au-delà, Trent Reznor use habilement de ce travail avec Atticus Ross, à nouveau d’un très bon niveau, pour donner toute sa mesure à sa perception actuelle du monde : en cela, le duo final Trent Reznor / Marrequeen Maandig au sein du nouveau projet de Trent intitulé How to destroy angels réconcilie-t-il, dans un final grandiose de sensibilité les morceaux épars, les larmes répandues, et les signes qui jonchent ce film d’une froideur chirurgicale : gageons que vous tenez avec cette bande originale suffisamment de matière pour recoudre les morceaux. Bonne année du dragon !

Une réflexion sur “Album du Top 10 – Janvier 2012 : BOF The Girl with the dragon tattoo (Trent Reznor et Atticus Ross)

  1. Ce n’est pas par hasard que nous avons publié cette chronique : Bonne année du Dragon à toutes et tous, et particulièrement à celles et ceux dont c’est le signe (moi-même par exemple !?) : que le dragon créatif et porteur de changement nous crache quelques pastilles musicales de bonne augure !

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