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From Nowhere : dredg


C’est au détour d’un rayon Elyséen que sa plastique pour le moins surprenante avait su me séduire : sous ses habits cartonnés, son nom discrètement inscrit en lettres blanches et stylisées au côté droit, elle n’avait pas encore dit mot, sans doute encore un peu transie de froid, mais lorsque retentit à mes oreilles cette mélopée tout à la fois fluide et rageuse, je fus définitivement conquis : la musique de dredg venait de quitter le coeur de Paris pour pénétrer le mien.

Leitmotiv, puisque tel était le nom de ce premier opus du groupe, portait bien son nom : lancinantes, grâce à une guitare pénétrante et captivante, les compositions de dredg comportaient un effet de latence : et lorsqu’enfin, explosive, la voix éraillée, le rythme rageur, elle s’envolait enfin, on se laissait aller à la comparer, dans un autre genre, au travail de The Apex Theory, niveau rythmique. Si ce voyage émotionnel rock nous avait en effet transformés en « pingouins sur la banquise », nous avait fait perdre un peu la boule tout autant que le nord, à grands renforts de breaks, de courants et contre-courants stylistiques, sans que jamais la diversité ne mette à mal l’homogénéité, nous n’en fûmes que plus attentifs aux suites que le groupe pourraient apporter à un tel appel d’air (frais).

Sans s’arrêter sur les EP (Extended Play ou maxis si vous préférez) qui jalonnent la carrière du groupe comme autant de preuves de leur volonté de survivre  côté marché du disque (Extended Play for the Eastern Hemisphere par exemple en 2002), force fût de constater que les successeurs El cielo (2002) et surtout Catch without arms (2005), d’assez bonne facture, ne parvinrent pas à nous faire revivre la magie de cette première rencontre, en dépit de nombreuses années de gestation : oreientés électro, presque proprets, sans pour autant avoir gagné, côté pop, une énergie capable de porter leur propos, les titres de dredg s’enchaînaient (et se ressemblaient) sans parvenir à redonner une unité aux albums. Par contre, une imagerie très particulière naquît, qui permit de découvrir l’étendue du savoir – faire et des idées du groupe : personnages et situations presque burlesques, en tous points interrogateurs de notre quotidienneté, envahirent nos fonds d’écran d’ordinateur, en alternance avec les croisements electro – morphologiques pratiqués par le projet Jakalope. Mais de son aveu même, le groupe sentait déjà le besoin de progresser, car celui qui ne se remet pas en cause s’enferre définitivement dans un monde qui ne peut plus parler qu’à lui : entre rock, electro et pop, les américains durent décider de qui aller mener le jeu pour la suite des événements, de quel équilibre parviendrait à redonner à dredg tout à la fois l’énergie, la cohérence dans la diversité des tons et des ambiances.

Lorsqu’en 2010 paraît l’excellent The Pariah, the Parrot, The delusion, Zikworld (en tous cas le coeur de son fondateur) se remit à battre d’intérêt pour la musique Dredgienne : nous écrivîmes à juste titre à l’époque qu’un tel opus effaçait sans effort, d’un revers de manche, l’album que les radios avaient élu comme référence : le Viva la vida de Coldplay. En effet, là où ces derniers déversaient une pop froide et inhumaine, là où l’homogénéité n’était plus rapidement que redite, là où la machine à tubes se contentait de faire son travail, dredg posait un à un, de cette voix pop maintenant assurée, profonde, jamais forcée ou surfaite, de ces rythmiques rock ingénieuses (comme au premier jour), de cette fluidité dans les arrangements électro (jamais perdue), les jalons d’un avenir plus radieux.

Et 2011 vînt consacrer plus que constater cette longévité, sous la houlette de Dan The Automator, venu prêter main forte au groupe :

“ Je leur ai dit, ‘ Je vais faire une paire de titres pour vous, les gars, et quoi que vous fassiez, ça devra être meilleur que ça, sinon ce sera ça, l’album.’ Je leur ai placé une barre. dredg est un groupe qui a beaucoup tourné et les gars étaient à l’aise avec ça. Je voulais les sortir de leurs habitudes et de leurs modèles.” Dan The Automator

Cette petite révolution, du nom de Chuckles And Mr. Squeezy a surgi au printemps, du fond des bois (et des montagnes de productions internationales), pour devenir rapidement l’arbre qui cache cette forêt : à la manière d’un Snow Patrol surprenant, mais plus rock, ce nouvel album de Dredg est toujours finement ciselé de rythmiques entêtantes d’évidence, sans céder à la simplicité, emmené par des refrains azuréens, qui vous portent jusqu’au fond de l’espace ouvert par les orchestrations : « Another Tribe » (qui fait écho à la tribu des pingouins de Leitmotiv), annonce la donne :

 » Ils disent toujours qu’ils sont à contre-courant, allez, ils suivent tous le même
Ils ont juste rejoint une autre tribu pour les aider à créer ce bon vieux mensonge
Rien de neuf de ce côté-là. « 

On pense, en écoutant un « Somebody is laughing » à ce que la pop et le rock mêlés ont fait de mieux : U2, bien sûr, mais aussi A-ha, mâtinés d’électro et d’envolées lyriques, comme si Depeche Mode avait enfin décidé de voir le monde côté positif, ou presque (« Down without a fight »).

C’est pour cette carrière non pas en dents de scie mais en perpétuelle reinterrogation, pour cette inscription dans le mouvement, dans la vie, que Zikworld salue aujourd’hui dredg, son travail et ses oeuvres, dans la rubrique From Nowhere, consacrée aux incontournables pourtant si discrets (ou ignorés) de la planète musicale.

La preuve par le son : dredg Live in Amsterdam

Références : SITE OFFICIEL

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