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Pro moteur culturel


Il ne se passe pas un jour sans que nous entendions de ci de là que les grands magasins spécialisés dans la diffusion de produits culturels vont se passer … des CDs 

 Quoi ? L’industrie du téléchargement illégal serait-elle donc venue à bout (financièrement) de nos multinationales ? Il y a fort à croire que l’argument économique est bien à l’origine d’un revirement. Il n’en reste pas moins que les artistes sont, de nouveau, bien seul dans ce combat pour la préservation de leurs droits (d’auteurs), puisqu’ils vont être bientôt les uniques concernés, à l’exception des organismes d’Etat chargés d’en contôler la diffusion … et quid du public ?

Repenser la finalité

On imagine mal par ailleurs les centaines de mètres carrés, vidés de leurs rayonnages de boitiers 12*12 cm, se laisser envahir par les belles pochettes remises au goût du jour de nos chers vynils : le respect du son pas plus que la nostalgie ne sauront malheureusement leur rendre justice au point d’en justifier un investissement commercial supérieur à celui que nous connaissons actuellement. Quoi alors ? Toujours plus de livres ? L’apparition des jeux d’occasion (le deal est-il plus simple que de vendre sur les sites ad hoc ?), mais aussi d’un merchandising très kitsch, dérivé non pas des dernières tendances musicales du moment mais toujours du parti pris de l’héritage passéiste (Mug sex pistols, poster Rolling Stones … qui ne participent pas à rendre artistiquement hommage ni à leur apport ni à leur actualité éventuelle) ne semblent l’un comme l’autre en passe de compenser le manque à gagner.

Ah, ces bons vieux espaces vont donc être rendus aux habitants – consommateurs, transformés en logements en pleine période de crise du secteur de l’habitat ? Non ? Bon tant pis. Mais quoi alors ? Une démarche pro-environnementale soutendue par le développement tout azimuth de la musique dématérialisée (pardon, juste le support) ? Gageons qu’en toute logique d’agitation culturelle, ces hauts lieux de diffusion de la musique en tant que création culturelle plus qu’en qualité de produit commercial, ne manqueront pas d’aggrandir / créer de vrais espaces offerts aux prestations live gratuites : nos ancêtres nous tappent déjà sur l’épaule : les forums, certes, mais les arènes, tout de même. Car, que serait la musique, sans la vie, le mouvement, la sincérité, que seule la rencontre peut permettre ?

Repenser la rencontre

« La vérité de la vie est dans l’impulsivité de la matière. L’esprit de l’homme est malade au milieu des concepts. » Antonin Artaud

Photo Didier Lockwood

Ce n’est pas Didier Lockwood qui nous contredira, lui qui rappelait dans son Grand Entretien avec François BUSNEL (France Inter, 29/12/2011) qu’il ne voulait plus produire de disques studios, mais uniquement live, rendant hommage à la vérité de la musique, avec ses doutes, ses accrocs, ses reculs pour mieux avancer, ses errances, sa vérité en somme, son parti pris plus que son prix. A l’extrême, ne plus jouer qu’en live limite en effet les effets du piratage, parce que l’artiste rend à la musique sa fonction première, palpable uniquement avec les pores de la peau, compréhensible uniquement avec les sens, le corps, nouant le cerveau et les rêves pour une véritable communion émotionnelle. Daran, dans son interview avec le magazine québékois Le Soleil nous donnait quelques clefs pour sous-tendre la voute d’une telle reconstruction de la relation entre artiste et auditeur :

« J’ai toujours pensé qu’une ville était finie artistiquement quand on ne pouvait plus voir un band jouer pour le prix d’une bière. Et comme Paris est rendue comme ça, je pense qu’il ne se passe plus rien de ce côté-là. Tout devient politiquement correct. Les villes deviennent des ghettos de riches, les banlieues, des ghettos de pauvres. On a les gouvernements qu’on mérite et on se retrouve avec des budgets de la culture coupés en quatre. »

Un chanteur français bien établi qui s'installe au Québec, alors que la... (La Presse, Robert Skinner)D’autant que la présence en live de ces auditeurs restera un vivier d’acheteurs potentiels de la musique sur support, quel qu’il soit : nombre d’artistes ont d’ores et déjà privilégié ce mode de communication (payante ou pas) avec leur public : qui son DVD de la soirée à la sortie du concert, qui sa prestation live en téléchargement dès le lendemain. Donner à vivre la musique en direct, grâce à un accès pour tous, à un prix acceptable est clairement la condition de sa survie en tant que création culturelle et argument économique. Les musées ont montré d’ores et déjà l’exemple de cette compensation du prix par le nombre. On ne connaît que trop bien les implications sociétales d’une telle démarche : sortir les auditeurs potentiels de leur écran TV, les sortir tout court, créer du lien social, donner envie de jouer, comme la Fête de la musique s’en était donné initialement l’ambition. Didier Lockwood rappelait, comme tant d’autres, combien sa rencontre avec la musique, enfant, avait été le terreau où avait grandi peu à peu sa passion, qui le mena à jouer à son tour.

Repenser les rôles

 » Il faut cultiver son jardin » (Voltaire, Candide)

L’avenir des écoles, conservatoires, en tant qu’acteurs culturels, ne peut décemment se jouer qu’ainsi, dans cette re-découverte avec le public, sauf à vouloir glisser peu à peu vers le conservatisme élitiste ou la confidentialité ad mortem. Reste que la question du financement, au-delà des financements éducatifs ou culturels de l’Etat, en fort recul (et qui doivent être clairement redistribués et augmentés – que nos impôts, ceux des artistes, et la TVA sur produits musicaux serve à quelque chose !),  réinterroge celle des pratiques là encore : combien de concerts de telles écoles sont-elles invitées à donner, rémunérées ? Quels artistes issus de ces structures accepteront de les parrainer ? de les entraîner en tournée ? en festival ? Combien de labels misent (et de plus en plus) sur les buzz internet de la création solitaire plus que sur les bienfaits de l’apprentissage encadré ? Nous le savons, c’est oublier que la génération montante a été sacrifiée sur l’autel de l’héroïsme, de la starisation et du talent musical bien évidemment omniprésent. Souvenons-nous alors de l’origine même de la musique, de son rôle en société, en groupe, en communauté, en tribu : rassembler, mettre dans un mouvement commun, donner vie, faire naître et jaillir des émotions au centre du village, sur la place publique, là où se déroule la vie elle-même, ce qui n’est pas compatible avec quelque démarche nombriliste. Et transmettre le savoir. Et dans la vieille Europe, cela ne serait donc possible que dans des lieux inadaptés, chers, fermés ?

Repenser l’espace

Nos modes de vie nomades, où musique et déplacements sont intimement liés, ainsi que la mobilité des supports et l’évolution des pratiques ont permis de le constater depuis longtemps, sont devenus les lieux de résonnance des oeuvres : leur moindre coût en version dématérialisée peut permettre de conserver ce fil tendu entre l’artiste et soi, à la condition que l’absence de consistance (support, artwork, packaging, comme autant de media porteurs de sens et créant une culture partagée (visuelle au-delà du sonore) entre artiste et auditeur) trouve compensation dans la rencontre in visu et in situ.

Quant à l’avenir pour ceux qui ne pourraient se déplacer, il semble qu’un écran géant puisse rassembler des dizaines de personne pour la retransmission d’un match, mais ne soit que très rarement utilisé pour amener la musique dans la rue ou dans de nouveaux endroits de la rencontre artiste – auditeurs. Artistes du bout du monde pourraient limiter les voyages, privilégier, tant qu’à se déplacer, les festivals (plus de monde en moins de fois), donner ainsi toute leur place aux artistes locaux, ainsi qu’internet a d’ores et déjà bien su le faire. Nous n’évoquerons même pas tout ce que la musique peut entraîner avec elle, dans le rapport aux esseulés, personnes handicapées non mobiles, maintenues en structure pour raisons médicales, enfants et personnes âgées, personnes incarcérées : quelle nouvelle place ? quel rôle des artistes eux-mêmes ? des nouvelles technologies de diffusion ? Et toujours cette finalité, cette conception d’un monde partagé, solidaire, ou pas.

« Soyons réalistes, exigeons l’impossible » (Ernesto Che Guevara)

Aussi, puisqu’un vendredi 13, sorte de malformation calendaire, suffit à créer un tel engouement, de tels espoirs, de tels rêves, ou tout au contraire fait fuir les supersticieux : chez Zikworld, on choisit cette date pour vous livrer nos espoirs, nos rêves, nos idées, comme un voeu 2012 ou comme un pavé dans la mare, comme une recharge d’idée pour candidat en manque de bon sens. Et l’on souhaite ardemment qu’elles puissent faire espérer utilement tout ceux qui ont envie de croire et de mettre en oeuvre un véritable changement culturel pour notre pays et noircir, en plus du jeudi, une date de plus du calendrier financier pour tous ceux qui y seraient opposés.

Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenus !

Une réflexion sur “Pro moteur culturel

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