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E-story : Nirvana


La révolution punk de 77 n’avait fait qu’effleurer les Etats-Unis. Leur production discographique n’avait pas fondamentalement changé comme ce fut le cas en Angleterre. Malgré quelques soubresauts ici ou là (Fear), le choc électrique des Sex Pistols mit du temps à se faire sentir.

 Les années 80 furent une décennie de muzak scintillante et écoeurante de guimauve rose, suprématie totale des groupes de garçons coiffeurs qui étaient très beaux dans les clips vidéos mais pas forcément convaincants sur scène. Il fallait aux ricains un nouveau Never Mind The Bollocks pour réveiller enfin les esprits rebelles et nous faire vibrer à nouveau … et ils l’ont eu au début des années 90 … m’enfin sans les «Bollocks» … Et le groupe révélateur pour cette nouvelle génération, la dernière grande génération rock à se lever et prendre les armes pour une cause musicale, fut Nirvana…..

Après cela, le rock pouvait enfin mourir en paix. D’Eddie Cochran à Kurt Cobain en passant par Sid Vicious, la boucle était bouclée. Que dire de plus ?

 «Le plus beau jour de ma vie est celui où j’ai appris à pleurer sur commande (On a plain)»

1984, Aberdeen, Etat de Washington, côte ouest des Etats-Unis.

Kurt Cobain rencontre Krist (Chris ?) Novoselic à la high school d’Aberdeen, mais il faudra attendre 1987 pour que les deux amis fondent un groupe qui finira par prendre le nom de Nirvana. Janvier 1988, premières démos avec le batteur Dale Crover, des titres bruts de décoffrage mais déjà intéressants, comme «Beeswax», «Mexican seafood», «Hairspray queen» ou «Aero Zeppelin», que l’on découvrira sur la compilation «Incesticide» quelques années plus tard. Crover est ensuite remplacé par le batteur Chad Channing.

Après leur signature chez Sub Pop, label indépendant de Seattle, Nirvana publie un premier single en novembre 1988 : «Love buzz», reprise de Shocking Blue (mieux connu pour leur «Venus») qui bien évidemment n’atteint pas les charts nationaux. Pourtant Nirvana fait déjà parler de lui, devenant rapidement le groupe phare de la scène grunge en pleine ébullition. Le groupe enregistre ensuite son premier album, les séances d’enregistrement étant financées par Jason Everman qui rejoint officiellement Nirvana comme second guitariste, sans toutefois jouer une seule note sur l’album.

Ce premier album : Bleach est publié en juin 1989.

Un album sombre, glauque, gothique, mais qui contient déjà un premier classique, «About a girl» qui impose le style original et accrocheur de Cobain. Si l’album ne se vend qu’à 40’000 exemplaires à sa sortie, il atteindra tout de même la 89e place des charts américains dès sa réédition en 1992. Après une courte tournée d’été, Jason Everman est éjecté du groupe. En automne, Nirvana visite une première fois l’Europe alors que le EP Blew est publié au Royaume-Uni par le label Tupelo. Printemps 1990: alors qu’ils travaillent sur leur 2e album, leur batteur les quitte, remplacé par celui de Mudhoney, Dan Peters. Un single inédit est publié en septembre toujours chez Sub Pop : Sliver, qui obtient un succès certain dans les charts alternatifs, puis le groupe signe chez Geffen qui va leur permettre d’atteindre une reconnaissance nationale puis internationale. C’est également en septembre que Nirvana trouve enfin son batteur : Dave Grohl (ex-Scream).

«Je suis tellement heureux, car aujourd’hui j’ai trouvé mes amis, ils sont dans ma tête (Lithium)»

Comme Ringo Starr rejoignant les Beatles après la signature chez EMI, les étoiles semblent enfin s’aligner correctement dans le ciel de Seattle : Kurt Cobain, le créateur de génie, éternellement malheureux, maudit, malade, crachant sa misère, sa colère et son dégoût sur un public acquis à sa cause. Krist Novoselic, grand bassiste mélodique, véritable pilier du groupe sur lequel les deux fous furieux peuvent s’appuyer, l’ami inséparable de Cobain, devenu depuis auteur et activiste politique. Dave Grohl, batteur explosif dans la grande lignée des Keith Moon et John Bonham, qui réussira une deuxième carrière impressionnante au sein des Foo Fighters. Les trois coups ont été frappés, la pièce peut enfin commencer…

«Je m’aime plus que je t’aime, je sais que c’est mal mais que puis-je y faire? (On a plain)»

Enregistré sous la houlette du producteur Butch Vig (également batteur de Garbage), Nirvana publie son 2e album : Nevermind en septembre 1991, un pur chef d’œuvre qui atteindra la 1ère place des charts américains et de nombreux autres pays, changeant radicalement la couleur musicale et le marché du disque aux Etats-Unis. Une suite de titres en tout point parfaits, accrocheurs, puissants, originaux et excitants. Le single Smells like teen spirit accroche d’ailleurs directement le grand public rock en se classant à la 6e place des charts US.

Suivront Come as you are (#32 US), In bloom et Lithium (#64 US), mais ces classiques sont accompagnés d’autres titres tout aussi forts comme «Breed», le triste «Polly» sur le viol d’une jeune fille, les furieux «Territorial pissings» ou «Stay away», sans oublier «Drain you» ou «On a plain» qui se rapproche de la pop, pour terminer sur le sublime «Something in the way», une fin un peu gâchée par un titre bonus largement dispensable : «Endless, nameless».

Nirvana devient le dernier groupe à la mode, entraînant derrière eux toute la vague grunge qui va déferler sur les ondes, rendant d’un coup obsolète toute la vague heavy metal qui cartonnait depuis les années 80 et qui aura bien du mal à surnager dans les années à venir. La seule réaction du groupe à ce succès phénoménal et inattendu sera de renier Nevermind et de dénigrer sa production trop proprette.

C’est également l’époque où Kurt Cobain se lie avec la chanteuse/actrice Courtney Love, chanteuse du groupe Hole, qui comme lui est héroïnomane. En février 1992, le couple se marie et donnera naissance en août à leur fille unique : Frances Bean Cobain. Toujours en août 92, Nirvana donne l’un de ses meilleurs concerts lors du festival de Reading en Angleterre, concert que l’on peut découvrir sur le Live at Reading publié en 2009. En décembre 1992, le groupe publie la compilation d’inédits Incesticide mais comme souvent dans ce genre de collections, l’ensemble manque grandement de génie.

«C’est pas parce que t’es parano, qu’ils ne sont pas tous après toi (Territorial pissings)»

En septembre 1993, Nirvana publie son 3e et dernier album studio : In Utero, produit par Steve Albini, album qui devait au départ s’appeler «I hate myself and I want to die» (je me déteste et je veux mourir). Ce titre fut évidemment refusé par la maison de disque, tout comme le morceau en question qui terminera sur une compilation de l’émission de MTV «Beavis & Butt-Head». In Utero montre un Nirvana plus noir que jamais (« Rape me », « heart shaped box »), un retour vers le chaos du premier album (« Scentless apprentice », Very ape, Milk it), mais qui montre également une nette évolution vers une pop plus construite, moins destroy (« Frances Farmer », « Dumb », « Pennyroyal tea », « All apologies »). L’album atteindra également la première place des hit-parades US sans toutefois posséder l’aura magique et intemporelle de Nevermind. Deux singles en seront issus: Heart shaped box et All apologies. Pour la nouvelle et dernière tournée, un second guitariste est engagé en la personne de Pat Smear, qui suivra Dave Grohl dans l’aventure Foo Fighters.

En novembre 1993, le groupe accepte l’offre de MTV de participer à une émission «Unplugged», émission incontournable et populaire de l’époque. Accompagnés par Pat Smear et la violoncelliste Lori Goldston, les membres de Nirvana réussissent à toucher un public encore plus large avec un album plus agréable aux oreilles non habituées aux délires sonores du groupe. Contre l’avis de MTV, Nirvana rend hommage au groupe Meat Puppets, reprenant trois de leurs chansons, rejoints pour l’occasion par Curt & Chris Kirkwood. Ils en profitent également pour revisiter le « Man who sold the world » de Bowie, qui passera en boucle sur MTV tout comme « About a girl » du premier album.

Janvier 1994, dernières séances de studio durant lesquelles Nirvana enregistre l’un des derniers titres de Cobain : «You know you’re right» qui ne sera publié qu’en 2002. En ce début d’année 94, le groupe tourne en Europe (dernier concert le 1er mars à Munich), mais Kurt Cobain va de plus en plus mal et ne semble pas pouvoir, ou ne veut peut être pas, arrêter les drogues dures. Le 4 mars, Kurt Cobain frôle l’overdose et doit être envoyé d’urgence à l’hôpital et déjà, les premières rumeurs de suicide naissent.

Le 5 avril 1994, Kurt Cobain se donne la mort en se tirant une balle de fusil dans la tête … On retrouvera son corps trois jours plus tard. Il a 27 ans ! Suicide ou meurtre ? Le suicide de Kurt Cobain possède des zones d’ombres gênantes. Certains ont avancé des théories de meurtre, commandité ou non, mais la vérité ne sera probablement jamais faite sur cette affaire.

«Qui d’autre pourrais-je être ? Toutes mes excuses!

Que pourrais-je dire d’autre ? Tout le monde est joyeux !

Sous le soleil je me sens entier, marié, enterré… (All apologies)»

Après Nirvana, Krist Novoselic n’a pas réellement convaincu à travers ses deux groupes: Sweet 75 et Eyes Adrift, qui n’auront eu qu’une existence très brève. Il s’est depuis reconverti dans la politique.

Dave Grohl, en revanche, aura une carrière brillante, les Foo Fighters bien sûr (leurs trois premiers albums surtout, indispensables), mais aussi des collaborations réussies avec de nombreux artistes, dont l’une des plus mémorable est sa participation à l’album Songs For The Deaf de Queens Of The Stone Age.

Depuis la mort de Cobain, les disques de Nirvana se vendent bien, merci pour eux. Demandez à Jimi, Janis, Otis, Sid, Bob, Mr. Mojo Risin’ ou Dr. Winston O’Boogie, ils n’ont jamais autant vendu de disques que depuis qu’ils nous ont quittés.

Des albums live : le Unplugged bien sûr, l’album préféré des bobos qui se disent fans de Nirvana, le joyeux foutoir qu’est From The Muddy Banks Of The Wishkah et le récent et explosif Live At Reading, des compils avec ou non des inédits (comme l’excellent «You know you’re right» figurant sur la compil de 2002), des coffrets remplis de miettes et autres fonds de tiroirs en pagaille, etc. La machine n’est pas prête de tomber en panne.

«Je préfèrerais être mort que cool, je ne sais pas pourquoi (Stay away)»

© Pascal Schlaefli

Rockclassics.centerblog.net 

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