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Black Chamber : The solitude of Prime numbers (Mike Patton)


Chaque mois, Zikworld évoque la rencontre entre musique et cinéma, en ouvrant sa Black Chamber, chambre noire où le rapport entre le travail des images et du son ressort sous un éclairage différent, pour tenter d’en projeter l’alchimie.

Il faudrait presque une autre paire de mains, pour pouvoir compter sur les doigts tous les projets sur lesquels le maitre chanteur et manipulateur de sons Mike Patton est désormais impliqué. Après avoir mis sa boulimie créatrice entre parenthèse une année entière, le temps d’une tournée d’honneur au sein de la formation qui fit sa réputation ( Faith No More ), on guettait son retour studio sous l’assaut d’un nouveau Tomahawk, ou derrière un collectif renouvelé,
supposé donner suite en 2011 au brillant premier album de Peeping Tom. Mais cet électron libre de l’industrie musicale surgie une nouvelle fois de là où ne ne l’entendait pas, aux commandes du score d’un film atypique, calé entre le drame néo-réaliste et le giallo sanglant. Outre le fait que le 2nd album de son Fantômas était déjà une relecture très particulière de l’univers des BO, ce n’est pas la première fois que Patton s’essaye à la composition de musique de films.

Il avait d’abord signé pour son label celle d »A perfect place’, court-métrage très Cohen brothers, pour lequel il avait su développer une toile de fond bigarrée aux accents jazzy, sous forte influence Morriconienne (rappelons que le patron d‘Ipecac est grand admirateur du maestro italien); mais c’est surtout avec le score complètement déjanté de Crank 2 que Mike Patton s’était véritablement révélé dans cet  exercice, profitant du format hystérique de cette série B, pour lui flanquer un soundtrack de malade, blindé d’expérimentations electro-metalo cartoonesques, sans aucune équivalence à ce jour dans le monde de la bande originale.

The solitude of prime numbers imposait de part son sujet (les effets post-traumatique de l’enfance sur l’age adulte) plus de retenue, et Mike s’y applique avec un professionnalisme qui force le respect. Cordes et piano sont donc ici de sortie, au milieu de quelques plages atmosphériques, pour une approche beaucoup plus sombre que sur ses précédents travaux en la matière. Ainsi ‘The identy Matrix’ avance son joli thème au clavecin, échappé d’un film des sixties ; il reviendra ponctuer l’ensemble sous diverses variations, comme un leitmotiv.

Derrière lui, les ambiances mélancoliques se succèdent comme autant de petites vignettes (les morceaux sont furtifs mais soignés) : ‘Contapositive’ et ses échos de pianos égrotant, ‘The snow angel’ bercé par une mélodie fragile, puis soudainement lâchée au bord d’un gouffre synthétique, ‘Abscissa’ garrottées jusqu’au sang entre des lignes de violon acérées. Plus éthéré, le diptyque ‘Method of infinite descent’ /’Weight of consequences’ et le glacial  ‘Radius Of Convergence’, convoquent des synthétiseurs hypnotiques proférant des sons sourds aux accents terrifiants (on pense aux orchestrations qui hantent le ‘Shining’ de Kubrick).

Derrière un classique de façade, tout cela transpire donc l’angoisse, distillée sur disque par petites gouttes de quelques minutes. Et c’est peut-être là le seul vrai reproche que l’on pourrait faire à ce score aussi ensorcelant que frustrant : son aspect embryonnaire (mis à part sur 2 titres) et son incapacité à transformer de superbes amorces de compositions en de longues plages immersives. On le sait par expérience d’auditeur, Mike Patton est un artiste qui s’ennuie dans la passivité et la redondance (les morceaux de Mr Bungle ne changent-ils pas de rythme et de décors toutes les 30 secondes ?), mais l’exercice de la bande son nécessite pourtant ces digressions répétitives.

Dommage qu’à cette accumulation de scénettes cinématographiques ne se  substituent pas à un univers plus dense et structuré, car ce compromis accepté, The solitude of prime numbers aurait pu s’inscrire dans la  droite lignée des scores langoureusement singuliers et enveloppant d’Angelo Badalamenti (une force qui aurait profité plus encore au film lynchien de Saverio Costanzo).

En l’état, la troisième immersion de Patton dans l’univers de la musique de film reste une véritable confirmation : celle que ce chanteur surdoué est aussi un compositeur de talent.

Olivier LESCROËL.

 » Mike Pattons work does what the very best film soundtracks should do, which is to take the listener on a journey that is both intrinsically linked to the story but which also allows any number of personal permutations to twist and develop with the music.  » Phil (Sonic Abuse)

« It further cements Mike Patton’s transition to being a composer first and a singer second. » Scott Morrow (Alarmpress)

2 réflexions sur “Black Chamber : The solitude of Prime numbers (Mike Patton)

  1. Pingback: Mike PATTON : New “misdeed” « zikworld_Englishversion

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