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E-Story : MAGMA


Christian Vander, batteur, chanteur, pianiste, principal compositeur et âme du groupe, fonde Magma fin 1969 avec une idée en tête : révolutionner la musique rock de l’époque en y insufflant ses influences premières comme Coltrane ou Stravinsky (et l’on peut ici très facilement faire le lien entre Vander et Magma, et Zappa et ses Mothers, autant pour l’inspiration musicale que pour la façon dont les deux groupes ont été dirigés, ayant tous deux connu de nombreuses formations et accueilli de nombreuses pointures) mais aussi pour raconter les histoires qui hantent ses nuits depuis son enfance.

Des histoires de voyages, qui nous entraînent par delà les étoiles ou, au contraire, au plus profond de nous. Pour cela, Vander et ses collègues inventent un langage qui leur sera propre : le Kobaïen, langage extraterrestre aux sonorités gutturales et gothiques. Ces histoires rêvées ou fantasmées, Christian Vander et Magma vont nous les raconter via trois trilogies très différentes les unes des autres, de par leur contexte, leur style musical et surtout publiées dans le désordre.

Première trilogie, présentée dans le double album Magma de 1970 et 1001° Centigrades de 1971 : l’histoire d’un groupe d’humains fuyant la Terre plongée dans le chaos, emmenés par des extraterrestres en direction de la planète éternelle Kobaïa. Après de nombreuses années en paix, les exilés terriens décident de repartir sur leur planète d’origine, afin de témoigner de la beauté de Kobaïa et de proposer à ceux qui le désireraient de quitter également la Terre. Malheureusement, les Terriens répondent avec le plus grand mépris et leur déclarent la guerre. Mais les Kobaïens, possédant l’arme absolue, vont menacer la Terre de destruction s’ils ne cessent pas leur folie guerrière.

La 2e trilogie, baptisée Theusz Hamtaahk (le temps de la haine), naît quelque temps après la sortie du premier album. On retrouve une première ébauche de «Mekanik Destruktiw Kommandoh» sur le sampler «Puissance 13+2» en janvier 1971, puis sur le single Mekanik Kommandoh d’octobre 1971, tous deux avec une intro style samba qui va rapidement disparaître. En novembre 1971, sur le live enregistré au Théâtre 140 de Bruxelles publié il y a quelques années, on découvre «Sowiloi» (première ébauche de l’intro) et un «Mekanik kommandoh» de 16 minutes, preuve que le futur 3e mouvement est en pleine évolution.

En 1972, Magma connaît une refonte totale avec de nombreux départs et une nouvelle philosophie : le groupe va désormais servir les ambitions artistiques de Christian Vander.

« Ce mouvement raconte l’histoire dun peuple
d’Europe centrale qui, s’étant révolté contre son
tyran, marchait sur le palais… Et les chants de ce
peuple étaient si beaux, qu’ils s’évanouirent dans
l’espace ! »
                             (introduction de Mekanik Destruktiw Kommandoh)

En 1973, Magma publie son meilleur album : le cultissime Mekanik Destruktiw Kommandoh (Le commando du mouvement destructeur), 3e mouvement de cette trilogie (pourquoi faire simple ?), suivi en 1974, du 2e mouvement, Wurdah Itah (La mort de la Terre), version jugée pourtant non définitive et publiée originalement en tant que BO du film Tristan & Yseult, une erreur de parcours en soi.
Le 1er mouvement (Theusz Hamtaahk) sera régulièrement joué sur scène, et fera son apparition sur le live Retrospektiw Vol.1 & 2 de 1980 mais ne sera jamais enregistré en studio. En 2000, grâce au triple live enregistré au Trianon de Paris, nous aurons enfin droit à une trilogie présentée dans l’ordre,  offrant par la même occasion les versions définitives de cette oeuvre majeure : «Theusz Hamtaahk», «Wurdah Itah» et «Mekanik Destruktiw Kommandoh».

Cette trilogie apocalyptique raconte les derniers jours de la Terre, et le retour des Kobaïens, venus sauver les derniers humains méritant d’être sauvés, avant de détruire la Terre maudite, qui s’est enfermée dans sa folie destructrice. Après la sortie de Wurdah Itah, il fut d’ailleurs question de terminer la trilogie, mais Christian Vander a alors d’autres obsessions en tête : l’Egypte mystérieuse de l’Antiquité.

Il écrit l’histoire dun égyptologue, Kohntarkosz, qui est appelé en rêve à retrouver la tombe d’Emehntehtt-Ré, un pharaon/scientifique égyptien, qui aurait découvert le secret de l’immortalité. Une première version (K.A.) est créée et jouée sur scène en 1974, mais Vander laisse tomber ce qui deviendra le premier mouvement de cette nouvelle trilogie, car un thème extrait de cette oeuvre l’obsède et il crée dans la foulée Kohntarkosz, un autre album majeur. Kohntarkosz découvre le tombeau d’Emhentehtt-Ré, mais la poussière du tombeau fait tomber le jeune Egyptologue dans un profond coma durant lequel les secrets du Pharaon lui sont révélés.

Malheureusement lorsqu’il se réveille, il a tout oublié, seuls quelques fragments épars lui restent, et il va chercher durant toute sa vie à rassembler les morceaux perdus de sa mémoire pour pouvoir enfin découvrir le secret de l’immortalité.

La suite, le 3e mouvement, Christian Vander va mettre 25 ans à l’écrire, et tout comme le jeune Kohntarkosz, seuls des extraits vont être présentés dans les années qui vont suivre, disséminés sur les albums Magma Live (le sublime Hhaï), Udu Wudu (zombies) ou Attahk (Rindae)* . Ce troisième mouvement est à la fois un flashback, racontant l’histoire du Pharaon en question, sa quête d’immortalité, ses transformations cauchemardesques et sa longue maladie qui l’entraînera inexorablement vers le tombeau, mais aussi la révélation du mystère pour Kohntarkosz.

Après l’horrible écart dans le funk des années 80 (l’horrible Merci de sinistre mémoire), Dark Vander va s’égarer dans une autre galaxie au sein d’Offering jusqu’au milieu des années 90, mais pour notre plus grand plaisir, il redonnera naissance à Magma au début des années 2000 pour nous offrir enfin le premier mouvement : Kohntarkosz Anteria ou «K.A.» en 2004 et le troisième, Emehntehtt-Ré en 2009. La boucle est bouclée.
Il y a des albums de Magma qui ne racontent rien de particulier, comme  Udu Wudu en 1976 par exemple, (qui vaut surtout pour l’explosif «De futura» de Janik Top), ou le surprenant Attahk de 1978 (et son génial «The last seven minutes»), il y aura encore quelques beaux restes (le triple Retrospektiw live de 1980), mais Magma va beaucoup plus loin lorsque Christian et ses acolytes nous racontent leurs histoires fantastiques et nous font voyager à travers leur musique … Alors quattendons-nous ? En route vers Kobaïa !

Discographie :

  • Magma (1970)
  • 1001° Centigrades (1971)
  • The Unnamables (1971) publié sous le nom Univeria Zekt
  • Mekanik Destruktiw Kommandoh (1973)
  • Wurdah Itah (1974)
  • Kohntarkosz (1974)
  • Magma Live (1975)
  • Udu Wudu (1976)
  • Attahk (1978)
  • Retrospektiw 1, 2 & 3 (1980)
  • Merci (1984)
  • Trilogie Theusz Hamtaahk live (2000)
  • K.A. (2004)
  • Emehntehtt-Ré (2009)

© Pascal Schlaefli

Plus dinfos sur les musiciens (Klaus Basquiz, Stella Vander, Didier Lockwood, Patrick Gauthier, Bernard Paganotti, Benoît Widemann, etc…), sur le site de Pascal Schlaefli.

 * NDLR : A noter que l’excellent artwork d’Attahk est réalisé par H.R.Giger, bien connu pour ses oeuvres picturales torturées, cinématographiques également, parmi lesquels l’univers d’Alien, et qui a également réalisé des décors monumentaux pour Mylène Farmer notamment (la fameuse arraignée) ou le pied de micro de Jonathan Davis (Korn).

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