E-Story

E-Story : Sex Pistols


Nouvelle rubrique dans Zikworld, E-Story vous conte l’histoire des artistes de tous horizons, sous la plume connaisseuse de Pascal Schlaefli.

Pour cette première collaboration, (re)découvrez le parcours chaotique des Sex Pistols, l’un des groupes les plus connus au monde, qui n’a pourtant jamais eu, à son actif, qu’un unique album.

Un coup de rasoir en travers de la gorge de la pop music, voilà ce que fut le punk rock entre 1976 et 1979, mouvement musical autant que social et les Sex Pistols en furent le groupe phare.

Comme tous les grands groupes de rock venu du royaume d’Albion, les Sex Pistols n’ont compté dans leurs rangs que des membres majeurs : John (Johnny Rotten) Lydon l’anarchiste intello, désengagé politiquement parlant, désavouant les religions et les leaders quels qu’ils soient et crachant allègrement sur la famille royale comme celle du rock.

Steve Jones (guitare) & Paul Cook (batterie), piliers des Pistols, branchés sur la même longueur d’onde et créateurs d’un son unique, un binôme qui résistera à la séparation des Sex Pistols mais pas à celui des Professionals. Glen Matlock (basse), seul bon musicien du groupe, fan des Beatles et des Who et compositeur des mélodies les plus mémorables.

Et puis il y a Sid Vicious, pantin destroy, semblant subir les événements plus qu’il les provoque, manipulé par à peu près tout le monde de Rotten à McLaren en passant par Nancy Spugnen, dont l’influence néfaste l’entraînera à sa perte. Il restera gravé dans les mémoires comme l’icône absolue du punk.

La chance (et malchance) de Jones et Cook, deux petits voleurs à la tire improvisés musiciens, sera de rencontrer Malcolm McLaren, ancien manager des New York Dolls, l’un des groupes préférés de Steve Jones, qui pompera d’ailleurs les plans de guitare et la tenue scénique du guitariste Johnny Thunders. La chance de McLaren, sera la rencontre avec Johnny le pourri, qu’il impose à ses poulains en plus du talentueux Matlock.

Dès leurs premiers concerts, en novembre 1975, les Pistols déchaînent la furie, et font l’unanimité parmi les jeunes défavorisés qui seront toujours plus nombreux à venir à leurs concerts. Le chaos est en marche et rien ne pourra l’arrêter. Autour du groupe, une véritable cour des miracles se presse aux pieds des futures stars : Billy Idol (Generation X), Siouxsie Sioux (& The Banshees), Shane McGowan (The Pogues) et John Beverly, ami d’enfance de Lydon, rebaptisé Sid Vicious par le même Lydon, le jour où celui-ci fracassa le crâne de Nick Kent, rock critic du New Musical Express.

Leur influence dans ce petit monde-là se fait déjà sentir, leurs amis et fans vont tous fonder leur propres groupes : pour Siouxsie et Sid ce sera d’abord l’éphémère Flowers Of Romance et c’est après un concert des Pistols, que Mick Jones et Paul Simonon fonderont The Clash, en débauchant Joe Strummer des 101ers.

Certes les Damned furent le premier groupe punk à publier un single (New Rose en octobre 1976), mais la sortie d’ Anarchy in the UK, publié par la vénérable maison EMI en novembre, fut la véritable étincelle qui mit le feu aux poudres, suivit bientôt par leur prestation télévisée scandaleuse dans l’émission de Bill Grundy, interview qui va rapidement se transformer en festival d’insultes.

Dès ce moment-là, les Pistols deviennent l’ennemi public no.1, toutes les portes se ferment devant eux : impossible de donner un concert ou alors sous le nom bidon de SPOTS (Sex Pistols On Tour Secretly), silence radio comme télé et EMI, par peur du scandale, les lâchent.

Matlock, le seul bon musicien du groupe, est ensuite viré des Pistols, le remplaçant par Sid Vicious, mauvais musicien mais charismatique en diable.

En mars 1977, les Pistols signent avec A&M, pour s’en faire éjecter une semaine plus tard. Ce sera finalement Virgin qui va récupérer le groupe, et Richard Branson  n’a encore aucune idée de la bonne affaire quil vient de faire. Mai 1977, sommet du mouvement punk, pas encore récupéré par le show business : le single God save the Queen publié en plein jubilé, menace la paix du Royaume. Le titre est alors banni des ondes, mais peu importe, le single montera jusquà la 2e place des charts anglo-saxons.

Dieu sauve la reine, un régime fasciste il n’y a pas de futur au rêve anglais ! God save the Queen ne sera jamais reconnu officiellement numéro 1 car cette semaine-là, aucun titre ne sera numéro 1 dans le classement du NME, la seule fois dans son histoire. Pas mieux en ce qui concerne les charts officiels des ventes de 45 tours, Rod Stewart les battant cette semaine-là avec « I dont want to talk about it ».

Il a été révélé plusieurs années plus tard, que le single des Pistols s’est mieux vendu que celui de Rod The Mod, mais que les pouvoirs en place ont préféré truquer les charts par peur des répercussions si les Sex Pistols atteignaient la 1ère place. En juillet, les Pistols publient leur 3e single : Pretty Vacant mais déjà le vent à tourné en leur faveur, les journaux spécialisés ont retourné leurs vestes, le punk est désormais à la mode, récupéré par le show biz, il va faire le bonheur des attrapes-touristes Londoniens pour les décénnies à venir et les Pistols peuvent enfin passer à Top Of The Pops, la fameuse émission musicale de la BBC.

C’est également à cette époque que McLaren propose à Russ Meyer, puis à Julian Temple de filmer un documentaire sur les Sex Pistols. En octobre paraît leur 4e single Holidays in the sun, suivit bientôt de leur unique album Never Mind The Bollocks, Here’s The Sex Pistols, album majeur sil en est. Petite précision importante : sur tous les enregistrements des Pistols depuis le départ de Matlock, c’est Steve Jones qui joue de la basse et non Sid.

Janvier 1978, les Sex Pistols débarquent aux Etats-Unis pour une tournée sanglante, les affrontements entre musiciens et public deviennent monnaie courante et Sid Vicious, complètement accro à l’héroïne est devenu ingérable. Le 14 janvier, dernier concert des Pistols au Winterland de San Francisco, le temple des babas cools, Rotten lançant au public « Vous navez jamais eu l’impression de vous être fait avoir ? » avant de quitter la scène.

Trois jours plus tard, John Lydon a quitté le groupe et retourne à Londres pour y former Public Image Ltd, groupe expérimental parfois déroutant mais en tous points passionnant.

McLaren sait que la fin est proche, et mise désormais tout sur son film, qui doit mettre en valeur son talent de manager et de maître du chaos. Il envoie Jones & Cook à Rio De Janeiro rencontrer Ronnie Biggs, le cerveau de l’attaque du train postal, avec qui ils vont enregistrer deux titres et Sid Vicious à Paris, enregistrer une version punk de « My way » avec des musiciens français. En juin 1978 sortira le single No one is innocent (Jones, Cook & Ronnie Biggs) & My way (Sid Vicious) , énorme succès en Angleterre, mais en réalité, le groupe est déjà mort.

  » Les pouvoirs en place ont préféré truquer les charts par peur des répercussions si les Sex Pistols atteignaient la 1ère place. « 

Jones & Cook enregistrent de nouveaux titres pour la BO du film, mais préparent déjà The Professionals avec le bassiste Andy Allen, tandis que Vicious part à New York avec sa compagne/dealeuse Nancy Spugnen. Il y donne quelques concerts au Maxs Kansas City avec The Idols (Steve Dior, Arthur Kane et Jerry Nolan ex- New York Dolls & Heartbreakers) mais les choses tournent rapidement au cauchemar.

Le matin du 12 octobre 1978, Nancy Spugnen est retrouvée morte dun coup de couteau dans l’abdomen. Vicious est alors arrêté et accusé du meurtre de la jeune femme.Sid admettra s’être battu avec elle et l’avoir menacée dun couteau, mais nie les accusations de meurtre.

McLaren et Virgin Records paient les 50’000 dollars de caution et il peut sortir de prison.Le 22 octobre, il tente de se suicider en se tranchant les veines. Le 7 décembre 1978, après une altercation dans un bar, il est à nouveau emprisonné durant 7 semaines. Il en sort le 1er février 1979, enfin clean, ayant suivi une cure de désintoxication en prison.Le soir même, sa mère lui offre de l’héroïne et Sid meurt d’overdose dans la nuit. Il a 21 ans.

Le 26 février, sort la BO du film « The Great RocknRoll Swindle/La Grande Escroquerie Du Rocknroll » , docu/fiction raconté du point de vue de Malcolm McLaren, exposant les Pistols comme de simples pantins qu’il aurait créés et détruits.

Si les Pistols se séparent officiellement fin 1979, la véritable fin de l’histoire reste le départ et la disparition totale de Johnny Rotten, laissant derrière lui, un monde musical exsangue et à jamais transformé. Véritable mort artistique, John Lydon reprend son patronyme et change radicalement de style, un peu comme si Johnny Rotten ne pouvait survivre sans les Pistols. (Le roi est parti mais pas oublié, est-ce l’histoire de Johnny Rotten ? chantera bientôt Neil Young dans « Hey hey my my »)

Le groupe sest reformé en 1996, histoire de fêter les 20 ans de leur premier single, s’ensuivront des reformations épisodiques, sans que cela ne change quoi que ce soit à leur histoire. Ils réengageront Julian Temple pour un 2e documentaire, cette fois-ci racontant l’histoire de leur point de vue : The Filth & The Fury en 2000, à voir absolument.

Le punk aura laissé une trace indélébile dans l’histoire du rock, et s’il y a eu un avant et un après Presley, un avant et un après Beatles, il y a eu un avant et un après Sex Pistols.

© Pascal Schlaefli
Rockclassics.centerblog.net

De nombreuses parutions à propos des Sex Pistols, pour approfondir leur histoire, leur musique, leur influence … en voici quelques-unes :

Sex Pistols, Clash et l’explosion punk, par Bruno Bluns

The Sex Pistols, par Nicolas Ungemuth et A. Michel

Sex Pistols, l’aventure intérieure, par Fred Vermorel

Sex Pistols and Punk Rock, par Jon Savage

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